Réforme du collège : pour un enseignement polytechnique

jeudi 5 mars 2015

Nos textes de congrès prônent l’enseignement polytechnique. De quoi s’agit-il ? On aborde ici la question de l’enseignement polytechnique en collège, à l’heure où les rumeurs de « réforme du collège » sont en passe de se transformer en annonce officielle, au conseil des ministres du 11 mars. Nous savons bien que le ministère s’intéressera d’abord à la manière dont il va pouvoir grappiller des heures, en habillant la réforme de quelques discours lénifiant.

Pour autant, nous ne nous satisfaisons pas du collège tel qu’il est, aboutissant à « orienter » vers le Lycée général et technologique des élèves trop souvent peu motivés par des études longues telles qu’elles sont, et vers le Lycée professionnel des élèves considérés comme inaptes à l’enseignement général, ou en échec.

Quelle est la réalité actuelle ?

L’enseignement au collège, hors SEGPA, est dit généraliste alors qu’il n’aborde en réalité que des champs disciplinaires dits « intellectuels ».

Seules quelques disciplines mettent en œuvre ponctuellement des réalisations techniques (technologie, sciences, arts...).
A la fin du collège un élève aura abordé un grand nombre de sujets mais sera passé à coté de pans entiers des connaissances humaines. L’étude des objets et des techniques du monde qui l’entoure est repoussée au lycée ou aux études supérieures, en fonction de la spécialisation que les élèves auront choisie ou qu’ils auront subie suite à leur parcours en école primaire et au collège. Ainsi, un élève orienté en lycée général n’abordera jamais les techniques de base du monde technologique qui est le nôtre (sauf à devenir technicien ou ingénieur) et un élève orienté en lycée professionnel se consacrera peu à peu à un seul champ de connaissances, en délaissant les autres.

L’éducation nationale produit donc des individus spécialisés ou pré-spécialisés, ce que l’on peut aussi voir comme des individus à la formation largement incomplète et « orientés » tant bien que mal, des individus qui n’ont pas les outils pour comprendre leur environnement, et encore moins pour avoir prise sur ce dernier.

L’enseignement polytechnique :

Un enseignement polytechnique intègre des disciplines techniques au sens strict, et des disciplines intellectuelles. L’enseignement de ces disciplines reposerait bien entendu sur des programmes cohérents. L’enseignement polytechnique revient à promouvoir un enseignement vraiment généraliste pour tous, une école et un collège unique digne de ce nom, vers un lycée polyvalent pour tous, avec un début de spécialisation et des passerelles. L’organisation actuelle des enseignements en SEGPA ou en Lycée professionnel est une piste intéressante à creuser.

D’un point de vue pédagogique l’enseignement polytechnique doit permettre de contextualiser les apprentissages. En favorisant la mise en place d’un véritable travail interdisciplinaire, ces apprentissages deviennent concrets et prennent du sens.
Au niveau pratique et pour rester dans la structure telle qu’elle est, il est évident que les groupes doivent être restreints, permettant une pédagogie active dans toutes les disciplines, une école coopérative.
L’enseignement polytechnique permettrait de faire découvrir aux élèves la diversité des activités culturelles, économiques et politiques, et ainsi de faire des choix de vie plus libres et conscients.

Promouvoir l’enseignement polytechnique, c’est aller vers une éducation émancipatrice, permettant des choix de vie conscients et assumés.
Il est à craindre que le ministère, dans ses projets actuels, obsédé par le tout numérique, la compétitivité et l’esprit d’entreprise, aille une fois de plus en sens inverse.

En attendant, nous continuerons à revendiquer comme préalable à toute réforme pédagogique :

  • une véritable formation initiale pour les stagiaires, rémunérée, avec un maximum de service d’un tiers-temps.
  • le retrait de tout projet déstructurant les réseaux d’éducation prioritaire et la carte de l’enseignement professionnel, une vraie politique d’éducation prioritaire et d’enseignement adapté.
  • l’arrêt de la politique de fermeture des CIO (centres d’information et d’orientation)
  • la baisse des effectifs par classe et une baisse du temps de travail, notamment devant élève, permettant le travail d’équipes interdisciplinaires, avec la création des postes nécessaires pour le mettre en œuvre.