Télétravail et management dans l’Education Nationale

mardi 13 octobre 2020

Nous nous insurgeons contre les formations culpabilisantes à l’égard des enseignant.es, porteuses d’une idéologie libérale et gestionnaire de l’éducation, qui visent à faire diversion quant à la gestion désastreuse de la crise sanitaire par le MEN.
Ci-dessous, un courriel adressé à la Déléguée Académique au Numérique, en réponse à un email invitant les enseignant.es à suivre une formation sur les feedbacks.

Par ce courrier, nous réagissons à votre courriel du 21/09/2020 proposant une formation Webidée, courriel invitant les personnels de l’Éducation Nationale à une réflexion sur les rétroactions ou, autrement dit, le feedback.
Nous nous insurgeons contre la teneur de ce texte.
En effet, vous semblez considérer le télétravail, modalité d’enseignement exceptionnelle, comme une pratique désormais banalisée et généralisable. Pis encore, vous n’hésitez pas à vous saisir des opportunités normatives et coercitives offertes par le télétravail. Ce faisant, vous prolongez la politique actuelle du Ministère de l’Education Nationale, en vous engageant résolument dans une surveillance et une évaluation des « performances » des enseignants et des élèves – laissant penser que les dysfonctionnements du système éducatif français sont la responsabilité des personnels et usager.ères, plutôt que de la politique désastreuse de l’Education Nationale.
Or, nous vous rappelons que tout au long du confinement du printemps 2020, tous les enseignant.es ont travaillé comme ils et elles ont pu, ne comptant pas leur temps pour accompagner les élèves avec leurs propres moyens techniques et matériels. Ils et elles ont inventé mille pratiques, tout en faisant face à une crise sanitaire inédite, très mal gérée par le gouvernement en général, et en particulier par le Ministère de l’Éducation Nationale.
Par ailleurs, nous tenons à vous signaler qu’effectivement, même avec la meilleure volonté du monde, tout ne se résout pas à l’aide des outils numériques. En particulier, l’enseignement, la pédagogie, pratiques de liens sociaux, supposent des interactions verbales et physiques. Définitivement, faire la classe, cela se passe à l’école. Nous ne sommes pas des précepteurs.trices intéressés par le développement du capital intellectuel de nos élèves. En classe, les élèves se parlent, échangent, et nous prenons soin de rendre possible des relations interindividuelles. C’est au sein de ce milieu riche que nos élèves apprennent et grandissent. Le « chacun.e à son domicile » ne reproduira jamais une situation de classe.
Enfin, même en classe, une situation d’apprentissage ne se résume pas à une statistique compris/pas compris : de nombreux éléments échappent aux professeurs comme aux élèves. Vous semblez penser que l’enseignement pourrait se réduire à un algorithme au sein duquel il suffit d’intégrer des éléments efficaces. Or, nous soutenons l’idée que l’enseignement et la transmission sont des expériences de la durée, de l’essai, de l’expérimentation. Notre métier ne se résume pas à remplir des bulletins (acquis/pas acquis), mais bien à accompagner des jeunes gens dans leur formation personnelle, intellectuelle, sociale. Dans une perspective émancipatrice, nous souhaitons que nos élèves apprennent à évaluer leur propres progrès et cheminements. Nous refusons de faire de l’école l’antichambre des entreprises, en habituant nos élèves à la logique managériale d’évaluation permanente par feedback de la hiérarchie.
Il nous paraît donc particulièrement déplacé de questionner « l’écart entre l’efficience de la rétroaction et sa mise en œuvre effective dans les processus d’apprentissage ». Ces propos témoignent du peu de confiance que vous accordez aux enseignant.es, et s’inscrivent dans une vision libérale de l’école, que nous combattons au quotidien.
Aussi, comptez sur nous pour tout faire sur le terrain et auprès des collègues pour lutter contre cette idéologie managériale.

Sud-Education 22


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