Greenwashing à l’école : ça suffit !

Les écoles ne sont pas le service de com’ des supermarchés !
vendredi 18 octobre 2019

Greenwashing ou écoblanchiment : procédé de marketing utilisé par une organisation dans le but de se donner une image écologique responsable. La plupart du temps, l’argent est davantage investi en publicité que pour de réelles actions en faveur de l’environnement.

Les 25, 26 et 27 septembre derniers, on a encore assisté à l’opération « Nettoyons la nature » avec les centres commerciaux Leclerc. C’était la 18ème édition de cette manifestation de grande ampleur et qui a déjà reçu en 2013 le prix de « l’intrusion publicitaire la plus dégoûtante » par l’association « Stop pub à l’école » [1].
Sur le site internet de l’enseigne, une belle page, bien verte avec le ciel bleu, les fleurs, une mignonne gamine (au maillot... vert) et une mascotte hérisson (aux piquants ...verts) pour annoncer fièrement les chiffres : l’an dernier plus de 500 000 bénévoles et plus de 300 tonnes de déchets ramassés en France grâce à l’opération . « Chaque français jette en moyenne 391kg d’ordures ménagères par an dont un tiers d’emballages. C’est pour cela qu’il faut continuer d’agir en réduisant nos déchets mais aussi en collectant ceux qui souillent la nature ! » Merci M .Edouard Leclerc ! Le petit hérisson est aussi sur les réseaux sociaux, facebook, twitter etc. pour encourager, remercier tous ces bénévoles pour ce qu’ils font pour la nature, on en parle sur les blogs, dans la presse, dans la presse nature, jeunesse, les enfants sont invités à participer (Wapiti, Youpi....).

Parmi les « bénévoles », plus de 75% sont des enfants [2]. L’opération est un succès et séduit dans les écoles. En quelques clics on peut inscrire sa classe, matériel fourni en kit : chasubles - jetables - (à l’effigie de la marque), gants , goûters (de la marque), sacs poubelle et même des dossiers pédagogiques pour les enseignants, des affiches et banderoles pour les lieux nettoyés.
Les participants sont encouragés à se prendre en photo avec tee-shirts voire banderoles et à les partager par le biais de la presse locale ou les réseaux sociaux (sur la page facebook, c’est même le petit hérisson qui vous y invite avec un clin d’œil complice).

Les ficelles de la publicité, du greenwashing sont grosses, le public visé, comme souvent de manière plus ou moins directe par les publicitaires : les enfants. Et Leclerc cible là où ils sont : à l’école.

Cette opération commerciale massive vise non seulement à « verdir » l’image de la marque qui peut se targuer d’avoir nettoyé la nature de tonnes de déchets (pour pas un rond !) mais en plus de séduire les enfants, plus manipulables, consommateurs de demains et influençant leurs parents !

Mais justement, la pub à l’école c’est pas interdit ? L’école de la république n’est-elle pas censée protéger ses futurs citoyens de ce genre de manipulation ? Depuis 1936, au nom du principe de neutralité et cela a été régulièrement repris dans différentes circulaires, notamment dans la note de service n° 99-118 du 9 août 1999 : « Il ne sera pas donné suite aux sollicitations du secteur privé, dont les visées ont généralement un caractère publicitaire et commercial »
.... Mais, sous couvert d’empêcher des pratiques commerciales de plus en plus nombreuses malgré tout, Jack Lang, alors ministre de l’Éducation Nationale, publie en 2001 au bulletin officiel un « code de bonne conduite » ( circ. n°2001-053 du 28/3/2001 – BO n°14 du 5/4/2001).
C’est ainsi que ce texte invite les établissements à conclure des partenariats, remplace le principe de neutralité scolaire par la notion marchande de neutralité commerciale, officialise la présence de logos sur les mallettes pédagogiques et tolère la publicité sur les outils informatiques et certaines publications : « Le respect de la neutralité commerciale n’interdit pas d’envisager certaines formes de partenariat avec des entreprises privées ou publiques, dans la mesure où cela présente un réel intérêt pédagogique pour les élèves. » [3] Ce code vise en fait à légitimer et développer des pratiques publicitaires, commerciales et idéologiques inacceptables. Marchandisation de l’école...
En 2006 une pétition a été lancée par ATTAC et le RAP (résistance à l’agression publicitaire) pour que ce code soit retiré, signée et diffusée, entre autres, par SUD éducation [4].

Certains diront qu’il est plutôt bien que les grandes surfaces s’impliquent dans l’environnement... cela serait vrai si, au delà de cette image les produits proposés, la gestion du personnel, etc. respectaient les critères écologiques et éthiques vantés par la marque. Ce n’est absolument pas le cas !!!! Et Leclerc fait très fort sur l’image avec un label « conso-responsable »... très douteux, opération 0 prospectus ... en 2020 (actuellement un des plus gros pollueurs papiers d’après l’UFC que choisir)... Allez voir leur site internet « le mouvement Leclerc » [5] ou le blog de Michel Edouard Leclerc, on dirait presque une ONG ! Le dossier pédagogique sur l’évolution des comportements humains vaut le détour : l’utilisation de sacs réutilisables au lieu des sacs plastiques jetables ... avec l’analyse de la campagne de communication Leclerc autour de ce thème, très fort !

N’oublions pas que la grande distribution est à l’origine d’une bonne partie de cette pollution (qu’ils font ramasser aux enfants), avec des motivations commerciales (et non philanthropiques) encourageant un système de surproduction, surconsommation dans une économie capitaliste mondialisée qui écrase les producteurs, en tirant sur les prix, les consommateurs en les incitant à acheter toujours plus, des produits importés, transformés à des milliers de kilomètres, des produits industriels de qualité médiocre, polluants pour notre santé et l’environnement, milliers de camions sur les routes, personnel exploité, etc., tant que ça rapporte à ceux qui tirent les ficelles. Je doute que les dossiers pédagogiques parlent de circuits courts producteur-consommateur par exemple...
Pour nettoyons la nature : chaque année dans les écoles les enfants reçoivent chacun une chasuble jetable, une paire de gants, un goûter et un paquet de sacs poubelle pour la classe : les gants sont emballés par paire dans du plastique : lorsque les enfants sont équipés, qu’ils ont goûté on a déjà presque un sac poubelle plein, chaque année ces fournitures sont à nouveau données aux écoles, souvent avec du rab, pas question de réutilisation, réduction des déchets... on est dans la logique de surconsommation des grandes surfaces.

Sinon, question éducation à l’environnement, aller dans son quartier, dans la nature... faire ramasser les déchets aux enfants, cela peut-être un choix pédagogique (discutable comme tout choix) pour amorcer un travail sur la problématique des déchets, pour une prise de conscience... mais dans une logique de cohérence, de formation du citoyen (éco-citoyen !), le « partenariat » avec une enseigne telle que Leclerc n’est simplement pas compatible !
Nettoyer la nature est une chose, nettoyer l’image de Leclerc en est une autre !
Posons-nous les bonnes questions. Mac Donald pour la nutrition, Total avec les éditions Nathan pour l’énergie, EDF qui nous invite à visiter ses centrales, etc. Ne laissons pas ces multinationales avec leur course au profit détruire notre planète, laver nos cerveaux et ceux de nos enfants à l’école !

[1] http://www.stop-pub-ecole.infini.fr/

[2] Chiffres 2012, sur plus de 500 000 bénévoles d’après le canard enchaîné.

[3] http://eduscol.education.fr/cid48581/principe-de-neutralite.html

[4] http://www.sudeducation.org/Publicitaires-et-marchands-hors-de.html?debut_signatures=600#pagination_signatures

[5] http://www.mouvement-leclerc.com/



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